de creatore

Je suis Brandon Jones, le créateur de LOUCHE.art et de tous ses projets affiliés. J’ai porté beaucoup de casquettes. Trop pour les citer toutes, mais en voici quelques-unes : régisseur de musée, photographe, pianiste, écrivain, chercheur, chef perruquier, assistant gérant chez Long John Silver’s, et même liaison du conseil auprès du National Endowment for the Arts. Si je devais n’en garder qu’une ? Ce vieux mot : « homme de la Renaissance », à parts égales maître et marginal.

Mon (père adoptif) a transformé notre buanderie en chambre noire il y a près de quarante ans : tout a commencé là. Il emmenait mon frère et moi photographier le paysage urbain de Claremore ou traversait l’État en quête des plus beaux silos à grain. On rentrait à la maison, et lui disparaissait derrière le rideau.

Je pensais devenir pianiste concertiste. Je joue encore — ne vous y trompez pas —, mais au final je suis devenu artiste multimédia, photo-ethnographe et archiviste. En bref, je collecte des histoires. Par l’image, par les mots, je documente les personnes, les lieux et les souvenirs qui, d’ordinaire, restent hors-champ. J’adore le vernaculaire. J’aime le quotidien. Je me bats pour le banal.

J’ai patiemment construit une voix ancrée dans le brut et le vrai. Mon style puise chez Mapplethorpe, Goldin, Lange. Mon écriture doit à Easton, Susann, Thompson. Mais tout ce que je crée est filtré par mon vécu — les lauriers, oui, mais aussi les décombres et la remise en jeu. J’ai étudié le design graphique à Rogers State, obtenu deux licences en photographie et en histoire de l’art, puis un master à double spécialité en commerce international et patrimoine culturel. Et, avant tout cela, j’ai fait une école d’esthétique. Ma situation de handicap me défie au quotidien, mais j’ai développé un ensemble de compétences rare, évolutif et adaptable, qui me permet de pivoter en un instant et d’en contrer les effets.

On dirait un touche-à-tout ; dans mon cas, je maîtrise la plupart des disciplines. Enfant de forains, pas étonnant que j’aie fait de ma vie un mélange de spectacle et de subversion. À présent, je prépare la suite : un doctorat en histoire de l’art.

Chaque jour, j’avance, même si mon handicap tente de m’arrêter. J’ai survécu à plusieurs opérations, dont une pour une tumeur cérébrale. Ma santé imprègne tout ce que je crée. Créer, c’est ma manière de traverser la douleur, la vie. C’est ainsi que je vivrai et que j’achèverai la dernière étape de mon plan : rédiger ma thèse et obtenir mon doctorat en histoire de l’art à l’Universidad de Buenos Aires.

LOUCHE.art n’est pas un site d’artiste comme les autres. Je travaille avec trois voix : Brandon, le Créateur ; Abby, l’Avatar ; et The Site, le Témoin. LOUCHE.art est l’endroit où je parle en mon nom. J’y documente le fait d’exister. Les autres peuvent déformer, adapter, fictionnaliser, mais ici — je suis la source. Pas de licence artistique à vendre.

J’ai créé LOUCHE.art non comme un portfolio, mais comme un territoire souverain, à la fois temple et dépôt de preuves. Le seul espace où je parle en mon nom. Ni Abby. Ni « The Site ». Juste Brandon. L’archiviste. L’artiste. L’esprit aux commandes. Nul besoin de croire en Dieu. Ici, je suis l’auteur de la vérité. Et je l’écris.

Credo : des coupons alimentaires au doctorat

Voilà la mission en cinq mots.

LOUCHE.art n’est pas qu’un portfolio. C’est une protestation. Une promesse. Un plan. Les archives vivantes d’une personne queer, en situation de handicap et précaire, venue d’Oklahoma, qui refuse de rester à la place où le monde l’a mise. Je ne fais pas « que » de l’art. Je bâtis une vie qui contredit toutes les attentes plaquées sur des corps comme le mien.

Aujourd’hui, cette plateforme alimente mon projet de doctorat en histoire de l’art à l’Universidad de Buenos Aires ; mais le propos va plus loin. LOUCHE.art est une archive. Un sanctuaire. Un cabinet de curiosités pour les brisés et les brillants. Une curation intellectuelle signée par quelqu’un qui n’était censé jamais s’en sortir.

Ceci est ma preuve de soi : codée à la main, insoumise, et conservant chaque fragment qu’on m’a dit d’oublier. La version numérique de la personne qu’on ne m’a jamais laissé devenir. Ce n’est pas seulement un parcours personnel. C’est une preuve de concept — pour nous toutes et tous à qui l’on a dit « Non ».

« Non, tu ne peux pas être si intelligent. »
« Non, tu ne peux pas être si malade. »
« Non, tu ne peux pas être à la fois brisé et brillant. »

LOUCHE.art est ma réplique.

Oui, je peux — et je suis là pour le prouver.